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Praticien reconverti : asseoir sa légitimité face aux doutes de l'entourage

praticien reconverti asseoir sa légitimité face aux doutes de l'entourage

Le - Gestion

8 min

Choisir de devenir sophrologue, naturopathe ou encore kinésiologue, c’est quitter un cadre professionnel connu et reconnu pour une activité qui l’est parfois moins. Et quand les proches doutent (de la pratique elle-même, de sa viabilité économique), cela peut peser. Géraldine Durand, co-directrice du CEAS Paris, accompagne depuis plus de dix ans des personnes qui souhaitent s’engager dans le métier de sophrologue. Elle nous explique pourquoi cette reconversion change la dynamique avec l’entourage, comment construire un discours solide sur sa pratique et comment se positionner face aux interrogations des proches.

Ce qu’il faut retenir :

  • Une reconversion s’accompagne d’une transformation intérieure, qui rejaillit naturellement sur l’entourage.
  • Anticiper la viabilité économique de sa reconversion participe à répondre aux inquiétudes des proches.
  • Savoir parler de sa pratique de façon claire et adaptée à différents publics est une compétence professionnelle qui se travaille dès la formation.
  • On n’a pas à convaincre tout son entourage : la solidité d’un projet professionnel parle d’elle-même.

Lorsqu’on se reconvertit vers une pratique complémentaire, pourquoi le regard de l’entourage devient-il un enjeu si fort ?

Parce que ce type de reconversion ne se limite pas à un changement de métier : il transforme la personne elle-même. Lorsqu’on se forme à une pratique complémentaire, on ne se forme pas à appliquer des protocoles tout prêts ; on travaille d’abord sur soi pour intégrer la méthode en profondeur avant de la transmettre. Cela produit une petite révolution intérieure dont les effets systémiques impactent de fait l’entourage. Et puisqu’il est touché, cet entourage réagit. C’est ce qui fait de son regard un enjeu.

J’en parle toujours aux futurs apprenants car, sans devoir s’imaginer qu’ils vont tout bouleverser dans leur vie, c’est une donnée du parcours à avoir en tête.

Quand les proches doutent, c’est souvent de la crédibilité de la pratique ou de sa viabilité économique. À quel point cela pèse-t-il sur les futurs praticiens ?

Sur la crédibilité, cela pèse en réalité assez peu sur les apprenants eux-mêmes. Lorsqu’on est engagé dans un cursus long et exigeant, on connaît les fondements de sa discipline. En sophrologie, par exemple, le travail sur la somatisation est un mécanisme qui n’est plus à démontrer.

Et c’est vrai pour beaucoup de pratiques complémentaires. Elles s’appuient sur des socles théoriques structurés. Une fois ces socles intégrés, les doutes glissent, parce qu’on sait sur quoi on s’appuie.

La viabilité économique, en revanche, est une vraie question. Comme pour toute activité libérale, il ne suffit pas d’apposer une plaque sur une porte. Il faut développer son réseau, communiquer, se singulariser, et cela prend du temps. En moyenne deux à trois ans.

C’est un sujet qui mérite d’être anticipé, parce qu’il est concret et qu’il peut, lui, légitimement préoccuper les proches. D’où l’importance de structurer son projet en amont : choix du statut juridique, plan de communication, projection financière. Lorsqu’on a soi-même de la visibilité sur ces aspects-là, on aborde le sujet plus sereinement avec son entourage.

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Parler de sa pratique avec assurance alors qu’on est encore en formation ou au début de son activité, c’est possible ?

C’est un sujet essentiel, et ma réponse est oui. Un futur praticien doit être capable de vulgariser sa méthode pour la rendre accessible à tous, quel que soit l’interlocuteur. Cela passe par des bases concrètes en communication, mais surtout par de la pratique. En s’exerçant à expliquer ce que l’on fait, devant des publics divers, on développe une aisance.

Les stages prévus en cours de formation sont parfaits pour cela, surtout s’ils sont effectués dans des contextes variés – On ne s’adresse pas de la même façon à des enfants en école Montessori et à des cadres en entreprise.

En multipliant les expériences et les interactions, on teste ses formulations auprès des clients, on apprend à adapter son discours. On voit ce qui parle et ce qui ne parle pas à l’interlocuteur. Dans ces moments, c’est d’ailleurs précieux d’être accompagné d’un tuteur ou d’un pair plus expérimenté qui peut faire des retours.

Le premier entretien avec un nouveau client, est typiquement un excellent terrain d’entraînement. La personne en face est néophyte. Il faut savoir lui présenter la méthode simplement, sans jargon. Cette posture professionnelle se construit pas à pas, par la répétition et les ajustements. Elle permettra de parler de sa pratique avec assurance, très tôt, y compris à ses proches.

Le syndrome de l’imposteur peut toucher ceux qui se lancent. Est-ce une réalité chez vos élèves, et d’où vient-il selon vous ?

Oui, on le rencontre, surtout chez les profils perfectionnistes. Ils l’évoquent assez rapidement en début de formation, mais quasiment plus à la sortie du cursus. Et pour cause : ils sont mis en situation de guidance de séances sur leurs pairs, jetés dans le grand bain, dès le troisième module du parcours, donc très tôt.

Le stage d’application de 2ème année vient ensuite renforcer cette bascule. Confrontés au terrain, ils réalisent qu’ils savaient sans le savoir, et qu’ils savent désormais qu’ils savent. C’est en forgeant qu’on devient forgeron.

Observer les effets concrets sur les personnes qui reçoivent une séance conforte aussi cette idée que, oui, la sophrologie est efficace. Par ailleurs, les découvertes réalisées en neurosciences viennent argumenter en faveur du bien-fondé de la pratique sophrologique.

C’est un point important, parce qu’il rassure énormément nos élèves et leur apporte cette légitimité dont ils pourraient manquer. Il n’y a rien de magique dans la méthode.

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Et lorsque ces proches expriment malgré tout des doutes sur le choix de reconversion, comment suggérez-vous de réagir ?

La meilleure façon de répondre, c’est de s’appuyer sur sa propre conviction. Lorsqu’on est solide intérieurement quant à notre projet, les doutes des autres ne déclenchent ni colère ni défense, parce qu’on n’a rien à prouver. On peut écouter, expliquer si l’autre est ouvert au dialogue, ou passer à un autre sujet s’il ne l’est pas.

J’observe des postures très différentes chez les personnes en reconversion. Certaines la vivent de façon très transparente et font le choix de ne pas chercher à convaincre les proches qui ne sont pas réceptifs, comme je viens de le suggérer.

Une stagiaire dont le mari, ingénieur cartésien, était à des années-lumière des pratiques complémentaires, a ainsi suivi son cursus sans chercher à l’embarquer dans sa discipline. D’autres ont une approche différente. Un de mes apprenants, par exemple, a tout le soutien de sa famille proche, mais il ne veut pas parler de son projet à son entourage plus large pour le moment. C’est très bien pour lui ainsi.

Le CEAS Paris

Fondé en 1976 par Luc Audouin, médecin et formateur-conseil en entreprise, le CEAS Paris est la plus ancienne école de formation en sophrologie. Depuis 50 ans, une équipe de sophrologues venus d’horizons professionnels variés y transmet son expertise à travers une pédagogie ouverte et structurée. Le cursus associe professionnalisation, entraînements pratiques et accompagnement personnalisé tout au long de la formation. Fidèle à une approche holistique, concrète et rationnelle, l’école propose une formation exigeante, ancrée dans la réalité du terrain et adaptée aux enjeux humains et professionnels d’aujourd’hui. Membre fondateur de la Fédération des Écoles Professionnelles en Sophrologie, le CEAS Paris donne aussi accès à un réseau de formations et de partenaires en France comme à l’international.