Sommaire
- 1Pourquoi est-il pertinent, selon vous, de diversifier ses revenus quand on exerce une pratique complémentaire ?
- 2Quelles formes peut prendre cette diversification ?
- 3Vous concernant, est-ce que certaines opportunités de diversification en ont naturellement amené d’autres ?
- 4Plus largement, quel état d’esprit recommandez-vous d’adopter pour bien se diversifier ?
- 5Par où commencer quand on souhaite se diversifier ?
- 6Comment organiser son temps pour ne pas s’épuiser ?
Naturopathes, sophrologues, hypnothérapeutes… De nombreux professionnels des pratiques complémentaires envisagent de diversifier leurs revenus au-delà du cabinet, sans toujours savoir par où commencer. Marine Le Gouvello est naturopathe depuis plus de 12 ans mais aussi professeure de yoga et de Pilates, auteure de plusieurs ouvrages et créatrice de contenus pour différents médias.
Elle nous ouvre les coulisses de son parcours, explique pourquoi cette diversification est devenue, pour elle, une nécessité, et comment ses différentes casquettes se sont mutuellement enrichies pour bâtir un modèle à la fois solide et riche de sens.
Ce qu’il faut retenir :
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Pourquoi est-il pertinent, selon vous, de diversifier ses revenus quand on exerce une pratique complémentaire ?
De mon point de vue, il y a deux raisons principales. D’abord, la naturopathie, comme beaucoup de disciplines complémentaires, reste fragile en France. Elle est peu reconnue, et peu remboursée. Et elle souffre encore d’un déficit de crédibilité auprès du grand public et de certains professionnels de santé. Vivre à 100 % de la consultation, c’est possible dans une grande ville comme Paris, Lyon ou Marseille, à condition d’avoir un cabinet bien placé et un réseau solide. Mais ce n’est pas la norme.
Ensuite, j’ai le sentiment très personnel qu’à ne faire que de la consultation, on finit par s’ennuyer. Diversifier une activité permet d’aborder ses thématiques de cœur sous différents angles, auprès de publics différents.
Sur un plan très concret, j’ajouterais que c’est aussi une sécurité : si une semaine vos rendez-vous baissent, vos cours, vos contrats d’écriture ou vos interventions équilibrent le mois.
Quelles formes peut prendre cette diversification ?
Les options sont nombreuses et chacun peut composer son propre puzzle. Beaucoup de praticiens élargissent d’abord leur activité en proposant des cours collectifs (yoga, Pilates, méditation) ou en encadrant des stages et retraites en immersion. C’est souvent une porte d’entrée naturelle, parce qu’elle prolonge la pratique du cabinet.
La création de contenus est une autre voie passionnante : écrire des livres, signer des articles dans des magazines spécialisés, animer un podcast, une chaîne YouTube ou des chroniques radios. Cela demande du temps, mais permet de transmettre à grande échelle et d’asseoir une expertise.
Il y a enfin tout ce qui relève de l’intervention et du conseil : conférences en entreprise, dans les MJC, les écoles ou les associations, consulting pour des marques, animation de cures collectives. Et, de plus en plus, la création de formations en ligne. C’est l’orientation que je prends actuellement, avec une méthode de coaching en ligne autour de l’inflammation chronique, dans le prolongement de mon dernier livre. Cette logique d’infopreneuriat permet de toucher un public bien plus large que celui d’un cabinet.

Vous concernant, est-ce que certaines opportunités de diversification en ont naturellement amené d’autres ?
J’ai l’impression qu’effectivement, les opportunités ont pu s’enchaîner parfois sans que je ne les aie cherchées. Mon premier livre m’a été proposé par une maison d’édition alors que je n’avais rien fait dans ce sens. C’est ensuite l’écriture qui m’a amenée à animer des podcasts pour des plateformes comme Deezer, à intervenir dans des médias, à être sollicitée pour des formations en ligne. Une activité en alimente une autre.
Mais cet effet boule de neige n’est pas magique. Il repose sur un état d’esprit. Il faut être passionné, rigoureux, en recherche permanente, prêt à se remettre en question. Lorsqu’on est à notre juste place et qu’on travaille sérieusement, les portes s’ouvrent et les gens nous font confiance.
Plus largement, quel état d’esprit recommandez-vous d’adopter pour bien se diversifier ?
Je dirais déjà qu’il faut partir de soi, pas du marché. Ce que vous allez créer sera toujours une émanation de qui vous êtes. Demandez-vous ce qui vous anime vraiment, ce que vous avez envie de transmettre, quelles thématiques vous passionnent au-delà de la consultation.
Je n’ai pas décidé un jour de devenir professeure de yoga pour diversifier mes revenus. Je pratiquais le yoga depuis mes 15 ans. L’enseigner a simplement été une façon de transmettre ce que j’avais déjà ancré en moi. C’est pareil pour l’écriture : on n’écrit pas un livre si on n’aime pas écrire, et si l’on n’a rien à dire.
Et puis il faut rester pragmatique bien sûr – on a tous des contraintes économiques à prendre en compte. Mais si vous montez un atelier ou un programme uniquement pour l’argent, ça se sentira. Dans nos métiers, où le contact humain est central, les gens perçoivent très vite quand quelqu’un n’est pas aligné.

Par où commencer quand on souhaite se diversifier ?
Une fois l’état d’esprit posé, plusieurs voies s’ouvrent. La spécialisation est l’une des plus intéressantes. Vous pouvez vous spécialiser sur un public (l’accompagnement des femmes, des enfants, des sportifs) ou sur une pathologie spécifique.
J’ai par exemple des consœurs qui se sont positionnées sur l’endométriose. Sur ce sujet précis, on assiste actuellement à un déploiement important de plans gouvernementaux et de réseaux médicaux qui se forment. C’est typiquement le genre de contexte qui ouvre des opportunités d’intervention pour des naturopathes identifiés comme référents. Cette logique vaut pour beaucoup d’autres domaines. Dès lors que vous êtes clairement positionné sur une thématique, les acteurs concernés finissent par vous trouver.
Comment organiser son temps pour ne pas s’épuiser ?
L’organisation est essentielle et elle s’apprend avec le temps. Au début, on dit oui à tout : tous les clients, tous les créneaux, tous les projets. C’est normal car on a peu de clients, beaucoup d’énergie et pas beaucoup d’argent. Avec l’expérience, on arrive à concentrer ses rendez-vous, fermer certaines plages, et travailler peut-être pas moins, mais plus efficacement.
Pendant des années, j’ai consacré trois à quatre jours par semaine aux consultations. J’ai donné six à huit cours hebdomadaires de yoga et de Pilates. J’ai bloqué deux demi-journées pour l’écriture. Il faut être honnête : on n’a rien sans rien. J’ai beaucoup travaillé, parfois dans des phases où j’aurais eu besoin de me reposer. C’est une question de tempérament mais aussi une question de contexte. Avez-vous des enfants ? Quelle est votre situation financière ? Mon parcours n’est pas extrapolable à tout le monde. Chacun compose avec sa réalité.